dimanche 6 septembre 2009

Ushijima

Une organisatrice de festival à Tokyo et une traductrice de mangas à Nîmes me firent entendre cette année des discours similaires: avec la crise au Japon, et la fin d'un prospérité économique entretenant une illusion d'abondance et de sécurité, les oeuvres de cinéma ou de bd de ce pays risquent de devenir plus prenantes et moins stéréotypées (reproches que l'on peut faire, il est vrai, à une certaine production du manga pour jeunes ados ou du cinéma recyclant les idoles télé- cf ma critique de L: Change the World sur le site d'Asiexpo).
Difficile pour autant de se réjouir des difficultés qui attendent l'archipel, mais remarquons plutôt qu'un manga comme Ushijima, sorti il y a déjà 5 ans au Japon, ne dressait déjà pas vraiment le portrait d'une société épanouie et sans aspérités.
Cette série de Manabe Shohei, dont 11 tomes sont parus en français, estcentrée sur un prsonnage d'usurier "de l'ombre", un "yamikin", qui prête de l'argent aux personnes déjà endettées jusqu'au cou. Souvent à l'extrême limite de la légalité, bien au delà le reste du temps, le personnage principal est un escroc peu fréquentable passé maître dan l'art de soutirer des yens à ceux qui en ont le moins, les prenant au piège d'un engrenage de dettes qu'ils n peuvent jamais réellement rembourser, même en vendant leurs biens ou en se prostituant. Ce personnage central, qui est présenté d'une façon assez neutre (et c'est là la force du manga), est un pivot autour duquel plusieurs personnages endettés évoluent, et qui forment lecoeur du récit.
En effet, si Ushijima est un monstre amoral, il n'est que le dernier maillon d'une "chaine alimentaire" de l'argent et des obligations, un enjeu complexe de relations de pouvoir formant le nexus de la société japonaise. Qu'il s'agisse de travailleurs intérimaires payés une misère et pressés jusqu'à l'os par l'industrie des jeux d'argent, de prostituées voulant faire profit de leur capital jeunesse en prévision de la situation peu envieuse que propose la société aux femmes d'âge moyen, ou encore de jeunes fashion victims organisateurs de soirées obligés d'emprunter aux yakusas pour entretenir leur statut et leur train de vie, tous ces personnages évoluent dans un univers sans pitié qui ne laisse passer aucune erreur de parcours.
Ushijima gagnerait presque la sympathie du lecteur, sorte de modèle capitaliste à petite échelle, car il se débrouille pour faire fonctionner son commerce presque seul, et semble moins soumis au regard des autres que ses clients craintifs.
Le trait de Manabe souligne le pessimisme acéré du scénario, présentant les victimes comme des êtres misérables et angoissés, courbant l'échine, suintant leur souffrance de larmes, de bave, et même par le nez. Il dessine également quelques plans d'ensemble en pleine page un peu mouchetés, un peu "sales" comme l'image d'un vieux film, évoquant parfaitement l'angoisse des hlm ou des ruelles vides de Tokyo.
Vous l'aurez compris, Ushijima est un manga peu optimiste où l'espoir ne perce que très rarement. La distance entomologique du scénario et le trait agressif du dessin en font une série inratable.

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